Articles

Mieux connaitre le sanglier

«Le sanglier se présente à nous comme un animal dont la prudence est la qualité maîtresse, l’ouïe et l’odorat les sens dirigeants» Ces propos, tenus par Alfred Delacour en 1929, résument bien le comportement habituel de la bête noire et les outils dont l’a pourvue la nature pour échapper au danger. Pourchassé depuis la nuit des temps, le sanglier a acquis cette méfiance innée propre aux animaux sauvages, tout en sachant s’adapter à une existence vécue au voisinage direct de l’homme. Ses habitudes, nocturnes, sont si discrètes que son observation n’est, hélas, que trop souvent fortuite. Quand, au hasard d’une promenade en forêt, la chance nous est offerte de le surprendre, son image restera longtemps gravée dans nos mémoires. Peu d’animaux dégagent une telle impression de majesté, de vitalité, de force à l’état brut. Il incarne toute la puissance sauvage de la nature.

La morphologie du sanglier

Le sanglier est doté d’un corps massif, trapu, dont la tête, qui porte e nom de hure, paraît disproportionnée en raison de son long museau qui prolonge un cou bref pour ne pas dire inexistant. Le nez se termine par le disque du groin ou boutoir, très résistant car renforcé par l’os de boutoir, permettant à l’animal d’entreprendre des travaux de fouille impressionnants. Les oreilles, ou écoutes, bien droites, sont surmontées d’une touffe de longs poils. Comme elles ne peuvent pas s’orienter comme chez d’autres mammifères, le sanglier est obligé de se retourner pour mieux analyse un bruit suspect. Ce léger handicap n’ôte rien aux performances de son ouïe, qui compte parmi ses sens les plus développés. Par contre, le cochon voit très mal. On le dit même myope, bien que ses petits yeux mobiles. (ou mirettes), s’ils distinguent mal des formes statiques, détectent avec une grande acuité tout mouvement anormal. Le sens dirigeant du sanglier semble être en fait l’odorat. Il parvient à déceler et à identifier l’odeur de l’homme portée par le vent à plusieurs centaines de mètres. La queue, ou vrille, n’adopte pas cette forme en tire-bouchon observée chez le cochon domestique. D’une longueur pouvant atteindre 35 cm, elle se prolonge par une touffe de poils nommée “toupet”. Normalement maintenue pendante, son port particulier exprime l’humeur du sanglier. Dressée, elle traduit l’irritation ou la peur.

Une silhouette typée

La silhouette d’un sanglier – surtout celle d’un grand mâle – est très caractéristique: on distingue un fort développement des épaules et du thorax, lui-même recouvert par un cuir très épais nommé “ armure”. Cette véritable cuirasse qui protège les organes se révèle très utile lors des combats. La taille et l’arrière-train sont plus bas, les pattes courtes mais puissantes. On distingue un certain dimorphisme sexuel dans la silhouette: la laie est plus fine, dotée d’une hure qui paraît proportionnellement plus allongée. Son dos est moins arqué au niveau des épaules, ses formes sont bien arrondies en période de gestation. Mais jusqu’à l’âge de 2 à 3 ans, la différence entre les deux sexes est pratiquement impossible à distinguer, dans le cadre d’un tir instinctif effectué au saut de l’allée.

Tous les animaux ne présentent pas ces silhouettes bien typées. En effet, chaque individu développe une morphologie propre qui dépend de nombreux facteurs: l’âge,  les conditions d’allaitement, l’abondance et la qualité de la nourriture, les conditions écologiques offertes par l’environnement ainsi que, bien sûr, le phénotype (ensemble des caractères extérieurs) des géniteurs. Quand les conditions d’alimentation sont bonnes, notamment les années de bonnes glandées, le sanglier développe sous la peau une couche adipeuse épaisse, le sain, qui constitue une réserve nutritive destinée à lui faire mieux supporter les périodes de disettes hivernales. Lorsque l’animal est ainsi bien engraissé naturellement, on dit qu’il se trouve en “porchaison”.

Les caractéristiques du pied

Le pied du sanglier comporte quatre doigts. Les deux plus longs, ou pinces, protégés par un étui corné (le sabot), prennent seuls appui sur le sol. Les deux autres doigts, plus courts et disposés plus haut (les gardes), ne marquent pas sauf sur terrain mou, quand l’animal bondit ou galope. Une pince est parfois plus allongée ou légèrement tordue: on dit alors du sanglier qu’il est “pigache”.

Les différentes appellations du sanglier

  • Marcassin: sanglier en livrée, jusqu’à l’âge de 3-4 mois.
  • Bête rousse: les rayures se sont estompées ou apparaissent en filigrane. Le pelage est roussâtre. L’animal est âge de 4-5 mois à 10 mois. Il pèse jusqu’à 35 kg; les jeunes laies sont parfois déjà gravides.
  • Bête de compagnie ou bête noire: l’animal a subi sa première mue. Le pelage devient sombre. Il entre dans sa deuxième année et pèse 40 à 60kg. Quand la nourriture est disponible à satiété, un mâle de 18 mois peut peser près de 100 kg et participer au rut.
  • Ragot: le sanglier entre dans la tranche d’âge 2-3 ans. La femelle est nommée laie ragote. En moyenne l’animal pèse de 70 à 80kg, mais il peut atteindre un poids bien supérieur et dépasser largement les 100 kg. Les défenses chez le mâle commencent à être bien visibles. Il adopte un comportement de solitaire dès 2 ans, parfois un peu avant (18 mois).
  • Tiers ans: la bête noire est dans sa quatrième année. La femelle porte l’appellation définitive de laie. Le mâle est dans la force de l’âge. Il arbore maintenant de superbes défenses.
  • Quartier: le sanglier est dans sa cinquième année. Devenu rare, on lui attribue le titre honorifique de “cochon” à partir de cet âge.
  • Vieux sanglier: sixième année. C’est encore un excellent reproducteur, qu’il convient de préserver.
  • Grand vieux sanglier: septième année. Il atteint des poids record, de l’ordre de 150 à 200 kg. En sachant que des animaux très bien nourris et peu dérangés peuvent peser aussi lourd beaucoup plus jeunes. Devenu un véritable animal de légende, il se distingue de tous les autres par sa corpulence. Souvent, on devine son poids exceptionnel à sa taille. L’expression “ il est grand comme un âne!”, qui peut prêter à sourire, n’est pas toujours très loin de la réalité. Il se distingue fréquemment de ses congénères par une particularité: un pied mal formé (“pigache”), la coloration du pelage, des défenses surdéveloppées qui se retournent (animal “miré”).
  • Solitaire: au-delà de 7 ans. L’espérance théorique de vie d’un sanglier est de 15-20 ans … Mais hélas, bien peu d’animaux franchissent ne serait-ce que le cap de 2 ans. Il est vrai qu’à cet âge, un mâle bien nourri peut peser une centaine de kilos. On croit prélever un vieil animal alors qu’il ne s’agit que d’un sujet juvénile qui mériterait de prendre quelques années, au moins pour la qualité du trophée.

JOS DE HAES

Responsable de l’atelier grand gibier.

Copyrights © 2014 - UWCR